Comprendre le lien entre l’anxiété et le trauma pour mieux s'en libérer
- Mathilde de La Codre

- 19 oct. 2025
- 5 min de lecture
L’anxiété peut être le reflet d’une blessure profonde, parfois ancienne, inscrite dans le corps et le système nerveux. Beaucoup de personnes vivent avec une anxiété diffuse, sans toujours faire le lien avec des expériences passées. Par exemple, des expériences issues d’un environnement insécurisant, instable ou émotionnellement négligent qui pourraient être qualifiées de traumas.
Comprendre ce lien entre trauma et anxiété, c’est ouvrir la voie à une guérison plus profonde : celle qui ne vise pas seulement à apaiser les symptômes, mais à réparer la racine du déséquilibre émotionnel.

Trauma et anxiété, de quoi parle-t-on ?
Un trauma est une expérience vécue comme trop intense, trop soudaine ou trop longue à supporter.
Il peut s’agir d’un accident, d’une agression, d’un deuil, d’une séparation difficile, ou de blessures plus silencieuses — carences affectives, insécurité, critiques répétées… Ce trauma génère un traumatisme: l'impact que cet évènement aura sur la personne elle-même, sur son psychisme, sur ses émotions, son quotidien etc. Le traumatisme, c'est la trace laissée par le trauma.
L’anxiété, elle, correspond à un état d’alerte interne. Elle se manifeste par des inquiétudes, de la tension, une sensation de danger diffus, ou encore par des signes physiques : palpitations, boule au ventre, troubles du sommeil, irritabilité, fatigue, ruminations, des pensées obsessionnelles… L’anxiété peut se manifester de nombreuses façons :
TAG (Trouble anxieux généralisé) : inquiétudes permanentes, tension intérieure constante.
TOC (Trouble obsessionnel-compulsif): pensées envahissantes et comportements répétitifs.
Phobies et attaques de panique : peur irrationnelle, crises soudaines.
Anxiété relationnelle ou sociale : peur du jugement, du rejet, de l’abandon.
Anxiété somatique : tensions musculaires, douleurs, troubles digestifs ou du sommeil.
L'hypocondrie : anxiété dirigée sur la santé
Elle peut être centrée sur un domaine précis (le travail, les relations, la santé) ou plus diffuse, touchant plusieurs aspects de la vie.
Quand l’anxiété et le trauma se croisent
La relation entre trauma et anxiété peut aller dans les deux sens :
Avant le trauma: certaines personnes présentent déjà un terrain anxieux — lié à la génétique, à un environnement stressant ou à une grande sensibilité émotionnelle. Bien qu'on ne naisse pas anxieux,
--> Lorsqu’un événement traumatique survient, il renforce ou fige cette anxiété préexistante. Le corps était déjà en alerte.
Après le trauma : pour d’autres, l’anxiété apparaît à la suite d’un choc.
--> L’événement agit comme un déclencheur, laissant le corps et le système nerveux dans un état d’alerte permanent.
Les recherches récentes confirment que les troubles anxieux résultent souvent d’un mélange de prédispositions génétiques (notamment des gènes impliqués dans la sérotonine, la régulation du stress et des émotions) et d’expériences de vie stressantes ou traumatiques.
Une méta-analyse de 2010 (McLaughlin et al., 2010, Depression and Anxiety) montre que les traumatismes émotionnels vécus dans l’enfance — comme la négligence affective ou le rejet — augmentent de deux à trois fois le risque de développer un trouble anxieux ou dépressif à l’âge adulte.
Ces résultats sont confirmés par plusieurs revues récentes (Liu, 2017; Hughes et al., 2017, The Lancet Public Health) qui soulignent le rôle majeur de l’environnement précoce dans la vulnérabilité au stress et aux troubles anxieux.
Pourquoi le corps reste en alerte après un trauma
Après un choc, le système nerveux peut rester bloqué en mode “survie”.
Le trauma n’est pas ce qui est arrivé dans le passé, mais ce que cet événement continue de provoquer à l’intérieur de vous aujourd’hui. »
Le système nerveux autonome alterne normalement entre un mode "sécurité/repos" et un mode “alerte/action". Lorsqu’un trauma n’est pas intégré, ce système se dérègle : le corps reste en tension, prêt à se défendre même quand tout va bien. Cette hypervigilance se traduit par des symptômes physiques : accélération du rythme cardiaque, souffle court, crispations, insomnie, maux de ventre, irritabilité, épuisement psychique… Parfois, à l’inverse, le corps se fige : fatigue extrême, sentiment de vide, impression d’être “coupé de soi”. Comme le décrit le Dr Stephen Porges (théorie polyvagale), notre système nerveux cherche avant tout la sécurité. Tant qu’il ne la retrouve pas, il continue d’envoyer des signaux d’alerte. C’est cette alarme permanente que l’on ressent sous forme d’anxiété.
Quand le trauma “imprime” ses effets
Le traumatisme laisse une trace dans le corps et la mémoire émotionnelle.
Selon le psychiatre Bessel Van Der Kolk (The Body Keeps the Score), le cerveau enregistre les événements traumatiques sous forme d’images, de sons ou de sensations corporelles. Ces souvenirs implicites peuvent se réactiver au quotidien sans qu’on en ait conscience, déclenchant des montées d’angoisse ou des réactions de stress disproportionnées, ou simplement en conservant une anxiété sous-jacente.
C’est pourquoi l’anxiété du présent trouve souvent sa racine dans le passé - même si la personne n’a pas “souvenir” d’un événement marquant.
Les différents types de trauma et leur impact sur l’anxiété
Trauma simple : un événement unique (accident, agression, rupture).
→ L’anxiété est souvent ciblée sur un domaine précis (sécurité, confiance, contrôle).
Trauma complexe : répétition de situations insécurisantes (violences verbales, rejet, carence affective).
→ L’anxiété devient plus diffuse, touche la relation à soi, aux autres, et l’estime personnelle.
Et maintenant ? Retrouver la sécurité intérieure
Le travail thérapeutique permet d’apaiser ce système d’alerte resté bloqué.
Selon les besoins, différentes approches peuvent être combinées :
L'Hypnose thérapeutique pour reprogrammer les réactions inconscientes et restaurer un sentiment de sécurité.
L'EMDR / désensibilisation pour retraiter la mémoire traumatique.
La thérapie analytique ou psychologique pour comprendre les racines de ses réactions.
Les approches corporelles ou de respiration pour réguler le système nerveux.
L’objectif : permettre au corps et à l’esprit de comprendre que le danger est passé, et d’installer progressivement une sensation d’apaisement durable.
L’anxiété peut précéder un trauma (terrain vulnérable) ou en découler directement. Finalement, on ne naît pas anxieux, on le devient souvent par une combinaison subtile entre le terrain et l’histoire de vie.
Le corps garde une mémoire physiologique du stress, qui entretient la peur ou l’hypervigilance.
Comprendre l’origine et travailler sur les deux plans — psychique et corporel — est essentiel pour se libérer durablement de l’anxiété.
Nous pouvons travailler ensemble sur votre anxiété, sur vos traumas. Vous pouvez prendre rdv ici.
Sources et références utilisées
Cet article s’appuie sur les travaux de plusieurs chercheurs et spécialistes reconnus du trauma, de la psychologie et des neurosciences :
* Bessel van der Kolk, psychiatre et auteur de *Le corps n’oublie rien* (*The Body Keeps the Score*), dont les recherches montrent comment les expériences traumatiques s’impriment dans le corps et influencent nos émotions.
* Bruce McEwen, neuroscientifique, qui a démontré le rôle du stress chronique dans la dérégulation du système nerveux et le développement de troubles anxieux.
* Rachel Yehuda et Joseph LeDoux, chercheurs en neurosciences, qui ont mis en lumière la manière dont les traumas modifient durablement la réponse du cerveau face au danger.
* Christine Heim et Charles Nemeroff, auteurs d’études sur le lien entre traumatismes précoces, anxiété et troubles de l’humeur.
* Katie A. McLaughlin et al. (2010, *Depression and Anxiety*), dont la méta-analyse montre que les traumatismes émotionnels vécus dans l’enfance augmentent de deux à trois fois le risque de développer un trouble anxieux ou dépressif à l’âge adulte.
* Yueyue Liu (2017) et Karen Hughes et al. (2017, *The Lancet Public Health*), qui confirment que les expériences adverses de l’enfance fragilisent le système nerveux et accroissent la vulnérabilité au stress et à l’anxiété.
* Les classifications et définitions issues du DSM-5 (American Psychiatric Association), référence internationale sur les troubles anxieux et les troubles liés au stress.
* Les publications du National Institute of Mental Health (NIMH) et de Harvard Health Publishing, qui vulgarisent les mécanismes physiologiques de l’anxiété et du stress post-traumatique.
* Les recherches de van der Kolk, Roth, Pelcovitz et Spinazzola sur le trauma complexe, qui mettent en évidence ses effets profonds sur le corps, l’émotion et les relations.



