Pourquoi est-il si difficile d'évoluer et de créer un changement chez nous ?
- Mathilde de La Codre

- 14 mars 2025
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 11 mai 2025
Comprendre les mécanismes du changement personnel
Nombreux sont ceux qui souhaitent profondément changer un comportement, un schéma de pensée ou une habitude. Pourtant, malgré les bonnes résolutions et la motivation initiale, le changement semble parfois insaisissable, voire impossible.
Pourquoi certaines approches fonctionnent-elles mieux que d'autres ? Comment contourner les obstacles qui freinent notre transformation ?

Dans cet article, nous allons tenter de comprendre pourquoi il est parfois si compliqué de changer, en abordant différentes approches du changement, de la psychologie cognitive à l'hypnose thérapeutique, en passant par les mécanismes inconscients qui nous conditionnent.
1. La volonté suffit-elle vraiment ?
La croyance selon laquelle la volonté seule peut suffire à changer est largement répandue. Pourtant, la recherche en psychologie montre que cette idée est en grande partie un mythe. Roy Baumeister, chercheur en psychologie, a développé la théorie de l’épuisement de l’ego, selon laquelle la volonté est une ressource limitée qui s’épuise à mesure qu’on l’utilise [1]. C'est ce qui explique pourquoi il est si difficile de maintenir une nouvelle habitude sur le long terme uniquement par la force mentale.
En d’autres termes, compter uniquement sur la motivation et la discipline ne suffit pas : d’autres leviers doivent être activés pour ancrer le changement dans la durée.
Les phases du changement personnel
Le processus de changement personnel se décompose généralement en trois phases distinctes :
Le renoncement : Cette première étape implique un processus de deuil de la situation que l’on quitte. La difficulté de ce renoncement dépend largement de l’attachement émotionnel à l’ancienne situation [2].
La zone neutre : Après le renoncement, l'individu entre dans une phase intermédiaire où l'ancienne réalité n'est plus, mais la nouvelle n'est pas encore pleinement intégrée. Cette période peut être marquée par de l'incertitude et de la confusion.
Le nouveau départ : Enfin, l'individu adopte de nouvelles attitudes, comportements ou croyances, consolidant ainsi le changement initié.
Chaque phase présente ses propres défis, et la réussite du changement dépend de la capacité de l’individu à les traverser efficacement.
2. Les raisons des échecs dans le processus de changement
Plusieurs facteurs peuvent expliquer pourquoi certaines tentatives de changement échouent :
• Objectifs flous ou irréalistes : Sans une vision claire et atteignable, il est difficile de maintenir la motivation nécessaire au changement.
• Résistance au changement : Les individus peuvent manifester des réactions négatives et défensives en raison de leur personnalité, de l’interprétation qu’ils font du changement, ou d’une planification ou d’une mise en œuvre inadéquate du changement. [3]
• Manque de soutien : Sans un environnement favorable ou un réseau de soutien, les efforts de changement peuvent être rapidement abandonnés.
3. Le rôle des pensées et des émotions
Les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) sont l’une des approches les plus étudiées et efficaces pour modifier les comportements et les pensées limitantes [4]. Elles reposent sur l’idée que nos pensées influencent nos émotions, qui à leur tour déterminent nos actions.
Par exemple, une personne souhaitant arrêter de procrastiner pourrait identifier des pensées sous-jacentes comme "Je ne vais jamais y arriver, alors autant ne pas commencer". En restructurant ces pensées par des exercices concrets, elle peut modifier son comportement de manière durable.
Cependant, les TCC restent une approche essentiellement consciente, et elles ne prennent pas toujours en compte les blocages inconscients qui peuvent saboter nos efforts.
4. L'inconscient, les bénéfices secondaires et la résistance au changement
L'inconscient joue un rôle central dans nos comportements, parfois contre notre volonté. Nos actions sont influencées par des processus inconscients qui régissent nos réactions et nos choix, souvent sans que nous en soyons pleinement conscients. Comme le soulignait Freud, l'inconscient est le dépositaire des représentations affectives liées aux expériences, aux fantasmes et aux défenses [5].
Ainsi, nos actions conscientes sont souvent influencées par des processus inconscients. Des études en neurosciences ont montré que l'activité cérébrale précède notre prise de décision consciente, suggérant que l'inconscient joue un rôle essentiel dans la construction de notre perception de la réalité. [6]
Les bénéfices secondaires, des avantages cachés qui rendent la situation actuelle, même insatisfaisante, parfois "plus confortable" que l'inconnu participent également à freiner le changement. Même s'ils peuvent être conscients, ces bénéfices sont souvent inconscients dans un premier temps, et c'est souvent lorsqu'on prend conscience de leur existence qu'on peut réellement commencer à les surmonter. Ces bénéfices secondaires maintiennent un comportement qui semble être la "solution" à un besoin plus profond, mais qui n'est en réalité qu'un mécanisme de défense.
Par exemple :
• Procrastination : Une personne procrastinant pourrait éviter de se confronter à l’échec ou à la critique en ne commençant jamais une tâche.
• Comportements destructeurs : Quelqu’un qui fume peut utiliser la cigarette comme un moyen de gérer l'anxiété, même si cela nuit à sa santé.
Jung a mis en évidence l'idée que chaque individu possède une part de lui-même qu'il refuse d'accepter, appelée "l'ombre" [7]. Cette part refoulée peut inclure des émotions, des comportements ou des désirs que nous jugeons inacceptables, mais qui, tant qu'ils ne sont pas intégrés, continuent de peser sur nos décisions. Lorsqu'une personne souhaite changer un aspect de sa vie mais échoue, elle peut inconsciemment se protéger de cette partie d’elle-même qu'elle préfère ignorer, par peur du rejet, de l’échec, ou de la confrontation avec un aspect d'elle-même qu'elle n'accepte pas.
Par exemple, une personne qui échoue continuellement à changer une habitude pourrait en réalité être en train de reproduire des schémas familiaux ancrés, ou de fuir des émotions refoulées, qu'elle n'ose confronter. L'intégration de cette "ombre" devient alors essentielle pour lever les résistances au changement et avancer.
Souvent, ce sont des peurs inconscientes, des croyances limitantes ou des schémas profondément ancrés qui nous empêchent d’évoluer.
5. L'hypnose : un accès direct aux ressources inconscientes
L’hypnose thérapeutique offre une approche unique pour travailler avec l’inconscient. Contrairement aux thérapies purement cognitives, elle permet d’accéder aux ressources internes d’une personne et de lever des résistances sans nécessiter un effort conscient constant.
Milton Erickson, père de l’hypnose moderne, considérait l’inconscient comme une source riche en solutions créatives et en capacité d’adaptation. Il ne voyait pas l'hypnose comme un outil de contrôle, mais comme un moyen de libérer des ressources déjà présentes [8].
Des études montrent que l’hypnose est particulièrement efficace pour :
✔ Modifier des habitudes ancrées (tabac, alimentation, procrastination)
✔ Réduire l’anxiété et le stress
✔ Favoriser un changement profond et durable [9]

6. Une approche intégrative pour un changement efficace
Pour maximiser les chances de succès dans un processus de changement, il est recommandé de :
• Établir des objectifs clairs et réalistes : Une vision précise guide les actions et maintient la motivation.
• Reconnaître et accepter la résistance : Comprendre que la résistance est une réaction naturelle permet de mieux la gérer et de faciliter le processus de transition.
• S'entourer d'un soutien adéquat : Un réseau de soutien, qu'il soit professionnel ou personnel, offre encouragement et guidance tout au long du parcours.
• Explorer l'inconscient : Des approches comme l'hypnose permettent d'accéder aux mécanismes inconscients et de les reprogrammer pour favoriser le changement.
En somme, le succès du changement personnel repose sur une combinaison de stratégies conscientes et d'interventions ciblant l'inconscient. En adoptant une approche holistique, il est possible de surmonter les obstacles et d’atteindre les transformations souhaitées.
7. Conclusion
Changer n’est pas seulement une question de volonté. C’est un processus qui implique de comprendre ses freins, de restructurer ses pensées et de mobiliser ses ressources inconscientes. Si vous vous sentez bloqué dans votre évolution personnelle, une approche combinant travail cognitif et thérapie inconsciente peut être la clé pour un changement profond, naturel et durable.
Et vous, quel est votre plus grand défi dans le changement personnel ?
Sources :
Baumeister, R. (2013). Willpower: Rediscovering the Greatest Human Strength.
Beck, A.T. (1976). Cognitive Therapy and the Emotional Disorders.
Freud, S. (1915). "Le moi et le ça".
Jung, C.G. (1953). Psychological Aspects of the Persona.
Erickson, M. (1980). The Collected Works of Milton H. Erickson.
Calykane.fr. (2022). Neurosciences et prise de décision.



